|
|
|
INRI |
|
|
|
|
|
|
|

INRI |
|
|
La
scène de la Crucifixion est
un sujet d’inspiration récurent chez les peintres.
Ce thème
est profondément ancré dans notre culture, et, si
certains voient dans sa représentation un moyen
d’exprimer
leur foi, d’autres, plus nombreux de nos jours, la
dépouillent
de son caractère sacré pour se
l’approprier à
des fins humanistes ou philosophiques. C’est le cas de Michel
Suret-Canale avec ce
tableau qu’il a intitule INRI. INRI,
l’acronime de
l’expression
latine "Iesus Nazarenus Rex ludaeorum", qui
peut se traduire en français par "Jésus le
Nazaréen, roi des Juifs" est inscrit sur la croix.
Cet écriteau représentait l’acte
d’accusation de
Jésus, exécuté entant que criminel
politique,
d’où sa sentence sur la Croix. "Jésus
le Nazaréen, roi des Juifs" est
hissé couronné
avec une tiare d’épines, tel un roi. Les Romains
voulaient
railler celui qui se proclamait le Messie.
Cette
œuvre, qui compte trois
personnages, Jésus-Christ et deux bourreaux, est
marquée
par un mouvement ascensionnel de la croix, accompagné
d’un
passage des ténèbres vers la lumière,
pour
mettre en valeur le rôle salvateur du Christ que
l’artiste
vénère, non en tant que Fils de Dieu, mais en
tant
qu’homme d’exception : "Je suis vraiment
agnostique, par contre
l'humanité du Christ me touche et j'y crois, c'est une
histoire
fondamentale."
Nous pouvons
donc voir dans ce tableau,
d’abord la Crucifixion avec le Christ en Croix dans une
attitude
peu conventionnelle puisque ses bras sont à la fois sur la
Croix et tendus vers les hommes qui l’entourent ; nous nous
interrogerons sur le sens à donner à cette
représentation dans un deuxième temps. Le Christ
vient d’être cloué en croix, il saigne
du sang offert
et répandu en sacrifice pour
l’humanité, son corps
tendu exprime la souffrance, l’artiste a omis de
représenter
les traits de son visage laissant ainsi à chacun la
possibilité de se le représenter à sa
convenance. Deux bourreaux sont entrain de hisser la Croix. Ils
essaient de la dresser. Dans leurs gestes, l’artiste a su
montrer avec
force le symbole du Christ se chargeant de tous les pêchers
du
monde, car les deux bourreaux peinent à dresser la Croix.
Celui qui est au premier plan a un corps massif, musculeux mais
déformé par l’effort, ses traits
grossiers, lui
donnent un air de brute ; il tire sur la Croix pour la
redresser
mais il est à la limite de la chute avec elle pendant
que le second bourreau retient la Croix, la pousse et tente lui aussi
de la dresser, dans un mouvement de tête, de bras et de jambe
qui montre bien l’effort fourni.
Les trois
s’inscrivent dans une
oblique, un mouvement instable qui marque bien le
déséquilibre
du monde à l’heure de la Crucifixion. Cependant,
tout n’est
pas fini, si les ténèbres règnent en
maître,
à l’opposé de la nuit le ciel
s’éclaircit
déjà, la tête du Christ est
nimbée de
lumière, le Christ va vers la lumière, mais la
lumière
descend aussi sur les hommes.
Cette
lumière éclaire le
bourreau du premier plan pour montrer que le Christ lui a
pardonné.
En effet, le Crucifix n’est pas montré de
façon
statique comme c’est généralement le
cas dans les
scènes de Crucifixion où la majorité
des
chrétiens représentent le Christ les bras en
croix
accueillant tous les hommes, où certains le
représentent
les bras tendus au-dessus de la tête accueillant les
élus. La
force de l’artiste est d’avoir peint le Christ les
bras
accueillant tous les hommes mais aussi les bras posés sur
chacun de ses bourreaux dans un geste de pardon, comme il l’a
fait
avec ceux qui l’ont crucifié en disant :
"Père,
pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font."
Ici, pas besoin
de paroles, Michel
Suret-Canale, encore
une fois, anime son personnage en exprimant le geste que le Christ
aurait probablement fait si ses mains n’avaient
été
clouées sur la Croix. Les bras fixés en croix
expriment
la souffrance, les muscles sont saillants, les bras qui se tendent
vers les bourreaux et les mains qui se posent sur eux apportent la
paix.
Je pense
qu’on peut considérer
ce tableau comme l’œuvre maîtresse de
Michel Suret-Canale, car cet
agnostique
qu’il est (il le dit), n’a pas
représenté la
Crucifixion du Christ Dieu mais du Christ homme, donc d’un
être
proche qu’il admire pour son humanisme, son
humilité, son
aptitude à pardonner, qualité majeure pour vivre
dans
un monde de paix.
octobre 2008 |
|
|
|
|
|
|
|
Commentaire
de Michel Suret-Canale :
"Ce
texte est très intéressant pour moi
car il m'oblige à me
poser des questions quand je lis ce que tu écris, qui
correspond à ce
que je t'ai dit, à savoir : "œuvre
maîtresse de Michel Suret-Canale,
car cet agnostique qu’il est (il le dit)". L'œuvre
est maitresse, c'est
exactement à prendre littéralement, et
l'œuvre est chrétienne, objectivement, elle est
plus chrétienne que
beaucoup de tableaux d'église censés
l'être, elle est habitée par la
foi. Alors moi là dedans, agnostique ? Ça rejoint
le problème de
l'autoportrait
dans les portraits de l'artiste, c'est moi
forcement un peu, mais
en même temps c'est pas moi du tout. Le
peintre que je représente est souvent très
musclé (pas moi), souvent il
a une stature bestiale, parfois pas, des petits yeux avec une grosse
tête de brute etc... Souvent, il a pas de visage, "Je est un
autre", le
titre de ma thèse c'était "D'un atelier
à l'autre, au regard des
faits". Regards des faits, regard défait, l'atelier comme
lieu de
passage vers l'autre. L'artiste
est un médiateur, "ça" le traverse, ce qui le
traverse, les autres, la
souffrance et le bonheur des autres, la vie en
général. Cézanne (de
mémoire ) "Je me sens traversé par toutes les
nuances de couleurs de
l'univers", la
vérité c'est que
je suis traversé par la foi comme le Christ est
traversé par les clous.
Donc,
dire que je suis agnostique, je ne sais pas, moi ça me fait
bizarre de
lire que je suis agnostique. L'agnostique, c'est une part de moi, mais
le peintre lui est au moins traversé par la foi
chrétienne, c'est
évident. Le peintre n'est pas schizophrène, mais
il est médiateur et une
part de lui c'est l'autre, en ce sens il ressemble au Christ. (...)" |
|
|
|
|
|
|
|

L'autre de l'atelier |
|
|
|
|
|
|
|

Saint Pierre |
|
|
"(...)
L'artiste
aussi est maltraité, on l'aime mais la
société aime lui faire mal, on
adore les histoire tragiques, l'artiste maudit qui crève la
faim qui se
suicide etc. c'est le top pour faire monter la côte. La
société
entretient une relation très bizarre avec l'artiste, elle
l'adule mais
jalouse et redoute son pouvoir. Tout ça fait penser au
pouvoir
chamanique, je crois que l'artiste dans nos
sociétés contemporaines
est le Chamane. Comme le Chamane,
il est celui qui va faire l'expérience de l'inexplicable.
Notre
rationalisme est un outil puissant d'action sur le monde, mais il est
aussi réducteur du senti et du pensé. Regarde ton
chien, pour le
rationalisme le chien ne pense pas, l'oiseau non plus pas plus que mon
hamster russe. Moi
je parle russe à mon hamster (pour de vrai), je sais qu'il
n'a jamais
entendu parler russe (pratique, il remarque pas mes fautes de
grammaire, la grammaire russe c'est terriblement complexe car pour
chaque règle tu as dix pages d'exceptions) et bien mon
hamster, il me
comprend très bien. Tu sais bien que ton chien il pense, tu
le regardes
dans les yeux et tu vois qu'il pense mais il n'y a pas de mots c'est
tout. La
pensée est structurée par le langage -Hegel-, et
la pensée non
langagière, on en fait quoi ? La pensée
langagière est que la surface
d'une seule forme de pensée, la
pensée non langagière c'est énorme, et
il y a dans cette pensée un
niveau d'intelligence énorme, et surtout un place pour les
approches
systémiques, globales, la pensée
langagière découpe, isole. La
pensée non langagière (la pensée
picturale
par exemple) embrasse, elle fonctionne par associations, par liens, par
affects. Ton
chien te regarde l'œil humide, ce qu'il pense c'est sa
relation à toi,
c'est de l'affect, le peintre pense plus comme le chien que comme le
banquier. Dire que la pensée est structurée par
le langage, c'est
exclure de la pensée la part d'affect. Moi je dis la
pensée est
colonisée par le langage, le langage est colonisé
par le libéralisme ;
la peinture est un lieu de
résistance, comme le village d'Asterix
et Obélix, il résiste toujours et encore
à l'empire romain et il tient
grâce à la potion magique." |
|
|
|
|
|
|
|

Homeless |
|
|
|
|
|
|
|