La Galerie d'Odile
ACCUEIL

GALERIES

ARTISTES

ACTUALITÉS

CONTACTS ET LIENS
Michel Suret-Canale
Le chant des Sirènes


Bronze réalisé en 1989
Michel Suret-Canale :

Le 28 octobre 1989, après plusieurs mois de gestation (!) je terminais le chant des sirènes.

J'ai demandé (immodestement !) à Maurice Blanchot de me faire une préface pour mon exposition de 1991 à la galerie je ne sais plus quoi (j'ai oublié le nom de la galerie), et il m'a envoyé ce texte, mais il n'a jamais vu la pièce en vrai, seulement en photo. On ne s'est jamais rencontré en vrai, juste échangé quelques courriers, des e-mails avant l'heure. Voilà la préface. Je l'ai jamais publié, c'était trop tôt à l'époque, ça collait pas. Blanchot à définitivement une longueur d'avance, il m'a fallu 13 ans pour lire le manuscrit minuscule :

Ô mort, aube invisible du néant glorieux

lumière de la nuit, clareté de l'origine

MB


Le chant des sirènes, c'est un texte d'une part, voir ci-dessous :


C'est aussi une sculpture bizarre, faites de 9 médailles qui se superposent et qui forment une sorte de pierre.


La réalisation de cette sculpture a été à la fois très simple et très compliquée.


C'est un objet inclassable, en partie Duchampien par son aspect ready made, c'est une sculpture mais c'est aussi 9 médailles, qui ne sont que des tranches de cailloux.


14 ans après , c'est un de mes travaux préféré, parce qu'il reste énigmatique, mais en m^me temps qu'il fonctionne immédiatement à plein de niveau. Je l'ai présenté en 91 à l'université Lomolossov à Moscou, dans le cadre d'un colloque sur l'esthétique. Il est passé de main en main dans la salle de conférence, et il m'est revenu très chaud ! les manipulations successive l'ont chargé de la chaleur des participants, certains l'ont considéré comme un puzzle, d'autres comme une sorte de pierre philosophale, d'autre comme une œuvre postmoderne, d'autre comme des médailles en hommage à mon grand père, éditeur de médaille ou même à mon oncle Raymond Corbin. En fait dès qu'on pense l'avoir cerné, les sens se déplacent ailleur. De la même manière on peut pas poser la sculpture, elle tient pas sur une surface lisse et plane.


La pièce a été réalisée en bronze, c'est une fonte à cire perdue. Techniquement c'est assez difficile à faire, car chaque médaille a une épaisseur différente. Compte tenu du phénomène de rétrain (le bronze se rétracte plus ou moins en fonction de son épaisseur) ça a été assez galère de trouver un fondeur qui accepte de le faire. C'est Centri-or, un fabricant fondeur de bijoux, dans le marais à Paris, qui à accepté le travail et qui a fait un magnifique travail de fonte. J'ai fait ensuite la ciselure.


Cette photo est du 28 janvier 2002. La patine est naturelle, c'est 14 années de légère oxydation. En 89, la pièce était brute de fonderie et j'ai juste fait une ciselure très légère. La fonte est superbe (très grande précion par rapport aiu modèle) et j'ai pas eu besoin de retoucher.


Sur la quatrième médaille en partant du bas on voit de petits impacts, ce sont des détails de la ciselure que j'ai fait, ici pour obtenir "un passage" en terme de texture, entre la médaille située au dessus et celle au dessous.


Pour conserver la forme, il faut tenir l'ensemble dans la main. Si on lache, la forme se défait.


On peut jouer avec, les élénent en bronze se réchauffe à la chaleur de la main.


Les 9 éléments. Pour Dante, 9 est le chiffre très important et signifiant (3 x 3). Moi je ne suis pas très porté sur la numérologie et sur les truc ésotériques, mais par contre c'est clair qu'en terme de proportion, 3 est un chiffre récurant, et en tout cas sursaturé de sens sur le plan culturel et historique, au point qu'on s'y perd !


Sur ce gros plan (flou) on voit ma signature sous la forme d'une empreinte digitale réalisée dans la cire d'une des médaille juste avant la fonte.


Pour présenter le chant des sirènes, il fallait trouver un socle. Je ne trouvais pas de solution, jusqu'au moment ou j'ai vu chez le fondeur une pièce éclatée destinée à être refondue; j'ai eu le coup de foudre pour ce truc et je l'ai acheté.


Il y a un endroit pour poser la pièce, ça tient en équilibre, et là c'est bien. L'ensemble est assez lourd, c'est tout en bronze.


J'aime cet équilibre, à la fois très stable et instable. ça tient tout seul, plusieurs mois, et parfois ça tombe, on sait pas pourquoi. Il faut ramasser les médailles et les remettre dans l'ordre. Pas toujours facile, mais on y arrive toujours car il n'y a qu'une solution d'emboitement.


Par moment, je me dit que c'est peut être un batiment. J'adorerais ça en immeuble postmoderne. Les fissures seraient des ouvertures, un immeuble assez grand, un centre culturel ou un musée, ou le ministère des finances, ou le siège social d'ebay ;+)


Autre vue.


Encore une autre vue, un peu floue, mais sympa, ça fait une tête ;+)

précédante Son œuvre suivante