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Transfiguration
critique - nu dansant |
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Texte
éphémère de Marie-Dominique
Wicker :
"Si la
chorégraphie peut se
définir comme la partition d'enchaînements
composés
de déplacements, de postures et de mouvements
orientés
dans un espace-temps propre à chaque
chorégraphie, nous
pouvons l'appréhender comme un système de signes
à
interpréter. Alors la danse est l'interprétation
de
cette partition, et dans l'improvisation, s'écrit
directement
dans un espace-temps donné ces mêmes
éléments
d'une figuration spécifique à la danse, art du
mouvement, du vivant, de la présence d'un corps qui
décline
des signes qui peu à peu font sens pour le spectateur.
La
proposition plastique de Michel-Suret-Canale dans Transfiguration
critique - nu dansant est née d'une rencontre
récente
pour une séance de travail "avec" un danseur : ce
fut une mise à l'épreuve "critique" de la
représentation du mouvement, du nu, de l'espace à
représenter. L'oeuvre sollicite autrement le chemin du
regard
: celui du peintre, celui du spectateur. Il s'agit d' une recherche
neuve dans l'oeuvre du peintre mais aussi dans la
représentation
plastique de la danse contemporaine. Voici une séquence en
trois temps, trois fragments, trois mouvements d'un solo
chorégraphié.
Pour le mot "transfiguration"
du titre, revenons à la traduction simple d'un terme
lourdement parce que religieusement chargé...
Trans-figuration
ici est à entendre comme figuration qui traverse, une
figuration traversante du corps. Le mot renvoie à une
expérience inédite du corps :
l'expérience du
corps nu, de sa présence mais surtout d'une
expérience
du corps dansant du danseur et du corps dansant du
peintre-spectateur. la représentation de la
présence du
corps en peinture est modifiée par l'épreuve
physique
du spectacle dansé. Ce ne sont pas les contours d'une
silhouette ou un mouvement arrêté dans son
évolution
qui sont ici tracés : c'est le tracé du mouvement
dansé
partagé et traduit par la fluidité de l'aquarelle
comme
s'il y avait une correspondance entre la fluidité de la
figure
dans son évolution éphémère
dans l'espace
et la fluidité du pinceau d'aquarelle : correspondance qui,
sans le pinceau du peintre, ne laisse pas de trace dans l'espace,
éphémère. Qu'est-ce à dire
"figurer
la danse, le corps dansant" pour un peintre en 2004, quel
système de figuration choisir pour un état actuel
de la
danse?
Le pinceau du peintre tente de figurer sur l'espace de la
feuille de papier ce qui, dans la danse, échappe :
tracé
éphémère qui ne laisse pas de trace,
pris dans
le temps mucical d'évolutions orientées dans
l'espace.
Ce n'est pas un corps figuré de l'extérieur mais
c'est
un tracé du chemin de l'énergie d'un mouvement,
de
signes en déplacements en train de se tracer
simulnément
avec la figure chorégraphique qui a lieu
simultanément
dans le même espace-temps. Comment garder mémoire
de ces
figures en permanente transformation où l'erreur de
tracé
dans l'espace n'est pas permise? Le danseur comme le peintre ne
peuvent revenir sur un mouvement raté, pas de trace visible
mais pas de repentir possible non plus. Temps partagé d'une
expérience intérieure-extérieure : la
figuration
non tant d'une présence que de l'évolution d'une
gestuelle dans l'espace, comme si le peintre donnait,
représentait
le chemin de trois figures qui forment une séquence
signifiante, et opère, ce faisant, un retournement
"critique".
L'aquarelle d'un bleu intense avec ses transparences donne à
voir la fluidité, la circulation du mouvement. Le pinceau
est
un médiateur entre un corps dansant et le corps dansant du
spectateur mais il n'y a pas ici de figuration extérieure :
les trois états de mouvements sont rendus de
l'intérieur,
du dedans et le pinceau est un outil pour une sismographie du
mouvement en trois temps c'est-à-dire de
l'énergie qui
circule d'un corps à l'autre. Tout autre
expérience,
tout autre figuration de la présence, du corps, du nu.
Juxtaposées, ces images du triptyque échappent
pourtant
à la fragmentation, à la discontinuité
: c'est
qu'entre les trois états du "nu dansant", il y a la
respiration, le silence qui rythment en danse l'énergie d'un
parcours, du mouvement. Parti pris pour la figure dansée et
non pour le danseur, pour ce qui est le lieu d'un partage : le corps,
l'énergie, la figure du dedans
extériorisée, la
présence qui transfigure la danse et sa
représentation
"académique". Expérience des plus
contemporaines, qui a un à venir pour les danseurs et les
peintres : mise à l'épreuve physique
où chacun
s'engage dans un "pas de deux" encore à inventer. Le
triptyque offre des signes en métamorphose comme d'une
calligraphie bleue soulignée ici et là de fils
d'encre
noire. Michel Suret-Canale, héritier des "signes"
d'Henri Michaux dans Mouvements
? "
28 mars 2004
Marie-Dominique Wicker
Douze
Ephémères
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